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S’installer au Canada pour pratiquer la médecine

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la gravité de la pénurie de médecins au Canada. Les diplômés internationaux en médecine (soit, les personnes qui ont obtenu un diplôme en médecine dans un établissement d’enseignement non agréé au Canada ou aux États-Unis) sont plus que jamais en demande au pays. Même si les besoins sont généralisés à l’échelle nationale, ils sont particulièrement sollicités par les provinces maritimes (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador).

Si vous êtes médecin et que vous désirez déménager au Canada (que vous ayez plusieurs années d’expérience ou que vous veniez tout juste d’obtenir votre diplôme), le présent guide vous aidera à comprendre les démarches requises. Nous y décrivons notamment comment vous pouvez gagner votre vie, trouver des possibilités d’emploi et vous organiser financièrement.

Fonctionnement du système de santé canadien

Le Canada dispose d’un système public à accès universel. Quiconque a besoin de services hospitaliers ou des soins d’un médecin en reçoit, quels que soient ses moyens financiers. Chaque province et territoire a son propre régime d’assurance-maladie pour la prestation des soins à sa population.

Ces régimes provinciaux ne couvrent cependant pas tous les actes médicaux. Lorsqu’une personne a besoin de soins de santé « complémentaires » (médicaments sur ordonnance et soins dentaires ou de la vue selon les provinces), elle doit habituellement les payer de sa poche, sauf si elle bénéficie d’un régime d’assurance offert par son employeur ou d’une assurance privée.

Les services de santé mentale dispensés par des médecins sont aussi couverts par le système public tout comme ceux offerts en centre hospitalier spécialisé en psychiatrie ou non. La plupart des psychologues du secteur privé ne font cependant pas partie du régime public et les patients doivent payer les services reçus sauf s’ils sont titulaires d’une assurance privée.

Combien gagnent les médecins au Canada?

Les revenus des médecins varient fortement selon leur spécialité et la province ou le territoire où ils pratiquent.

Au Canada, les médecins gagnent en moyenne 388 000 $ par année (données de 2021). Ce chiffre est brut et ne représente pas la rémunération nette des médecins.

Par exemple, un médecin dont les revenus bruts annuels atteignent 400 000 $ peut devoir assumer des coûts indirects de 150 000 $ (loyer, salaire des employés, équipement et assurances). Ensuite, ce médecin pourrait devoir payer un impôt sur le revenu des particuliers de 100 000 $. Après déduction de toutes ces dépenses, le médecin bénéficiera donc d’une rémunération nette de 150 000 $.

À LIRE : Combien gagnent les médecins au Canada?

Diplômés internationaux en médecine : exercer au Canada

1. Demande d’inscription et admissibilité

Bien qu’il y ait plusieurs parcours possibles pour immigrer au Canada en tant que médecin, la voie la plus rapide vers la résidence permanente est le système d’Entrée express du Canada.

Entrée express est offert aux personnes possédant certaines compétences et appartenant à l’une ou l’autre des catégories A, B ou 0 (zéro). Les médecins possèdent des compétences de catégorie « A » et peuvent donc être admis au pays par l’entremise du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral). Entrée express s’appuie sur un système de points et donne normalement la priorité aux candidats et candidates ayant obtenu les notes les plus élevées.

Si vous n’avez pas obtenu suffisamment de points pour vous qualifier, vous pouvez poursuivre vos démarches dans une ou plusieurs provinces dans le cadre du Programme des candidats des provinces. Chaque province ou territoire possède son propre programme pour réduire les pénuries sur son propre marché du travail et ses propres déséquilibres démographiques. Ces programmes recherchent habituellement des personnes expérimentées dans les domaines où il y a pénurie de travailleurs. Ils sont appelés programmes de « candidats » parce qu’ultimement, l’administration fédérale a le dernier mot sur l’octroi du statut de résident permanent et une province ne peut admettre des candidats de son propre chef.

Si vous souhaitez vous installez au Québec, il faudra vous tourner vers Recrutement santé Québec.

2. Équivalence des diplômes : obtention d’un permis d’exercice au Canada

La première étape consiste à vérifier si votre faculté de médecine est reconnue au Canada. Recherchez votre établissement d’enseignement dans le World Directory of Medical Schools et assurez-vous que le Canada figure dans les pays mentionnés à l’onglet « Sponsor notes ».

Ensuite, vous devrez faire vérifier vos accréditations par le Conseil médical du Canada (à l’onglet « Services »). Lorsque tous vos documents, notamment votre diplôme et vos relevés de notes, auront été approuvés, vous obtiendrez un rapport d’évaluation des diplômes.

Il est possible que vous deviez alors subir de nouveaux examens ou suivre une formation additionnelle pour obtenir la désignation de « licencié du Conseil médical du Canada (LCMC) ». Les diplômés internationaux en médecine doivent répondre aux exigences du LCMC avant de demander un permis d’exercice sans restriction au Canada.

Selon les diplômes dont vous êtes titulaire, vous pourriez devoir recommencer votre résidence. Entre autres, le Canada ne reconnaît habituellement pas la formation des chirurgiens orthopédistes suivie ailleurs qu’au Canada, aux États-Unis ou dans un pays du Commonwealth. N’oubliez pas non plus qu’il faut parfois plusieurs années avant d’obtenir un placement en résidence par l’entremise du Canadian Resident Matching Service.

Selon votre spécialité, vous pourriez devoir vous soumettre à de nouveaux examens après votre résidence. Si votre travail suppose notamment des interventions chirurgicales, vous devrez subir un examen du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Les exigences de certification et de formation d’appoint varient selon la région où vous vous installerez au Canada, votre spécialité et le pays dans lequel vous avez suivi votre formation médicale initiale. Les exigences pour obtenir les équivalences peuvent varier d’une personne à l’autre, d’où l’importance de pousser vos recherches le plus loin possible. Par exemple, pour exercer au Québec, c’est le Collège des médecins du Québec qu’il vous faudra consulter.

3. Recherche d’emploi

Lorsque vous avez l’assurance de posséder tous les agréments requis et de répondre aux exigences d’emploi, vous pouvez commencer votre recherche.

Il peut être particulièrement avantageux de réseauter avec vos pairs pendant votre formation et votre résidence, et dans le cadre des événements organisés par les groupes professionnels. Vous pouvez y rencontrer des gens travaillant dans un domaine similaire au vôtre ou susceptible de recommander votre candidature à certains postes.

Il y a aussi au Canada des sites Web qui publient des annonces de postes vacants. Nous pensons entre autres aux sites d’envergure nationale comme emploisante.ca et healthcarecan.ca. Les hôpitaux affichent aussi sur leur site Web les postes devenus récemment vacants.

Réalités financières de la vie au Canada

Avant de déménager, efforcez-vous de bien comprendre le système financier canadien, ainsi que ce qu’il vous en coûtera pour vivre au Canada.

1. Coût de la vie au Canada

Le coût de la vie au Canada peut être plus élevé que ce que vous connaissez. La plupart des Canadiennes et Canadiens consacrent de 35 % à 50 % de leurs revenus au logement et aux services publics, notamment au chauffage pendant l’hiver. Le loyer d’un appartement de taille moyenne dans une grande ville, ou d’un grand appartement ou d’une maison dans la couronne extérieure d’une grande ville peut être de plus de 2 000 $ par mois.

2. Recherche d’un logement

Il peut être difficile de trouver un logement avant d’arriver au Canada. Il est souvent plus facile de vivre d’abord chez des amis ou des membres de votre famille, ou de vous installer temporairement à l’hôtel ou dans un Airbnb, pendant que vous cherchez un endroit plus permanent.

Vous aspirez peut-être à acheter une maison, mais si vous ne connaissez pas encore l’endroit où vous travaillerez, il est habituellement préférable de commencer par louer. Pour découvrir des logements à louer, vous pouvez visiter des immeubles d’appartements et noter les numéros de téléphone affichés ou regarder les annonces dans les journaux locaux et les groupes Facebook, ou encore des sites Web comme trouverunappart.com.

Lorsque vous trouverez un appartement qui répond à vos critères, le ou la propriétaire vous demandera probablement une preuve de revenu ou un relevé bancaire pour s’assurer que vous serez en mesure de payer le loyer à temps. Il pourrait aussi vous demander un rapport de solvabilité canadien (voir « Se bâtir un bon dossier de crédit » ci-dessous). Vous devrez aussi probablement verser une caution, soit le « dernier mois de loyer ». En règle générale, la caution ne peut excéder l’équivalent d’un mois de loyer.

Vous devez aussi savoir qu’au Canada, les logements loués ne sont généralement pas meublés et que vous devrez donc vous procurer le mobilier nécessaire.

3. Se bâtir un bon dossier de crédit

Si vous demandez un prêt hypothécaire ou un prêt personnel au Canada, vous devrez produire un dossier de crédit (aussi appelé rapport de solvabilité) canadien. Une bonne cote de crédit confirme que vous êtes une personne responsable sur le plan financier et que vous remboursez vos dettes.

Même si vous louez votre appartement, le propriétaire peut exiger une enquête de crédit. Il demandera votre consentement pour obtenir un rapport auprès d’Equifax ou de TransUnion, les deux principaux bureaux de crédit au Canada.

Une bonne cote de solvabilité peut vous aider à obtenir un taux d’intérêt plus avantageux pour votre carte de crédit, vos primes d’assurance auto ou votre prêt hypothécaire.

Un des meilleurs moyens pour se bâtir un dossier de crédit au Canada consiste à obtenir soit une carte de crédit, soit une marge de crédit. Le taux d’intérêt d’une marge de crédit est habituellement inférieur à celui d’une carte de crédit, mais sans antécédent de crédit, une marge est souvent plus difficile à obtenir.

Heureusement, de nombreuses banques offrent des produits et services conçus pour les nouveaux arrivants, notamment des cartes de crédit personnelles, des cartes de crédit pour étudiants et des cartes de crédit d’entreprise. Par exemple, le programme BonDébut de la Banque Scotia peut vous aider à obtenir une carte de crédit et à accéder à d’autres services. Assurez-vous de bien comprendre quels sont le taux d’intérêt et les frais annuels. Ceux-ci peuvent être plus élevés puisque vous en êtes encore en train d’établir votre solvabilité dans votre pays d’adoption.

Pour les services bancaires personnels, le programme Pro Santé+ Banque Scotia est un bon point de départ. Il est destiné aux médecins et cherche à répondre à leurs besoins uniques. Des cartes et marges de crédit aux services bancaires privés, ce service offre des produits et des solutions bancaires spécialisés créés spécialement à l’intention des médecins.

4. Assurance

Au Canada, de nombreux médecins travaillent à leur propre compte et ne sont donc couverts par aucun régime d’avantages sociaux d’employeur. Ils ont donc tendance à souscrire eux-mêmes la protection requise : assurance invalidité et maladies graves, assurance vie et assurance soins de santé complémentaires (qui couvrent notamment les médicaments sur ordonnance et les soins dentaires).

Si vous faites votre résidence, vous bénéficierez probablement de cette protection par l’entremise de votre association professionnelle. Selon votre situation personnelle, il est possible que vous souhaitiez cependant augmenter votre protection d’assurance vie et invalidité par l’entremise d’un assureur privé.

Si vous souhaitez obtenir des conseils sur le montant de la protection à souscrire, votre association médicale provinciale peut vous aider à analyser vos besoins.

Si vous possédez votre propre clinique médicale, ces trois types d’assurance pourraient vous être utiles :

  • Assurance frais généraux : si vous ne pouvez pas travailler pendant quelques mois, cette assurance couvrira votre loyer, le salaire de vos employés et vos dépenses professionnelles courantes, et complétera donc votre assurance invalidité.
  • Assurance pour la clinique : cette assurance offre une protection contre les incendies, les vols ou la perte de biens importants comme les ordinateurs ou systèmes de communication. Elle vous protège aussi contre les blessures corporelles et la responsabilité civile.
  • Assurance contre la faute professionnelle :  au Canada, les médecins sont tenus de souscrire une assurance contre la faute professionnelle auprès de l’Association canadienne de protection médicale (ACPM). Toutefois, chaque association ou fédération médicale conclut habituellement une entente avec l’administration provinciale ou territoriale compétente et les médecins peuvent ainsi obtenir le remboursement d’une bonne partie (ou de la totalité) de ces frais.

Si vous occupez des fonctions administratives ou si vous fournissez des services professionnels autres que cliniques non couverts par l’ACPM, vous devriez vous procurer une protection supplémentaire en matière de responsabilité professionnelle.

5. Planification financière

Les diplômés internationaux en médecine qui souhaitent travailler au Canada devraient prendre en considération les délais nécessaires pour s’établir. Vous pourriez ne pas pouvoir commencer à pratiquer dès votre arrivée. Si vous devez faire (ou reprendre) votre résidence, plusieurs années peuvent s’écouler avant d’obtenir une place et il pourrait alors être difficile d’assurer votre subsistance. Voilà pourquoi il est important de bien comprendre vos finances et de vous doter d’un plan financier pour survivre jusqu’à ce que vous puissiez exercer votre profession.

Pour vous doter de bases financières solides, vous devrez planifier la manière dont vous paierez les coûts liés à la pratique, sans pour autant laisser de côté vos objectifs à plus long terme, comme le financement de votre retraite.

En consultant une conseillère ou un conseiller qui se spécialise dans le début de carrière, vous pourrez élaborer un plan financier qui sera adapté à votre situation précise. Cette personne peut aussi vous aider à vous préparer à assumer les coûts de votre formation et ceux de la transition vers la pratique.

6. Préparation des déclarations de revenus et autres services comptables

Vous souhaiterez peut-être retenir les services d’un ou d’une comptable pour les aspects financiers de vos activités professionnelles. La production des déclarations de revenus d’un médecin peut être assez complexe et il est donc souvent préférable de la confier à quelqu’un qui s’y connaît.

Si vous tenez assidûment vos livres comptables, vous économiserez fort probablement sur les honoraires professionnels.

Si vous touchez un chèque de paie régulier d’un employeur (à la résidence, par exemple), certaines sommes seront déduites de votre salaire. On prélèvera notamment vos cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC), ou au Québec, au Régime de rentes du Québec (RRQ), qui financeront les prestations que vous toucherez à la retraite. Les primes du régime d’assurance-emploi du Canada seront également déduites de votre salaire. Ce régime verse un revenu temporaire aux personnes sans emploi sous réserve qu’elles répondent aux critères d’admissibilité. Le régime d’assurance-emploi verse également des prestations spéciales pour les congés de maternité et les congés parentaux. Au Québec, c’est le Régime québécois d’assurance parentale qui verse des prestations à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs – salariés et autonomes – admissibles qui prennent un congé de maternité, un congé de paternité, un congé parental ou un congé d’adoption.

Si vous êtes à salaire, les déductions prélevées au titre du RPC ou du RRQ et de l’assurance-emploi figureront sur votre relevé de paie ainsi que sur les feuillets de renseignements T4 que vous recevrez une fois par année au moment de produire votre déclaration de revenus.

Si vous travaillez plutôt à votre compte, vous paierez une certaine au moment de produire votre déclaration de revenus. En ce qui concerne l’assurance-emploi, l’inscription à ce régime est facultative.

Le mot de la fin

Nous espérons que ce guide vous a permis de comprendre ce dont vous aurez besoin pour travailler au Canada et gérer vos finances. N’hésitez pas à consulter une conseillère ou un conseiller MD*.

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement) ou un gestionnaire de portefeuille de Conseils en placement privés MD.